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Les chercheurs, médecins, intervenants en santé publique et parents cherchent tous à comprendre l’incidence du temps passé devant un écran chez les enfants.

Certains historiens estiment que toute nouvelle technologie a été vilipendée — de l’imprimerie et la télévision à la technologie numérique. D’autres soutiennent que l’accessibilité, l’intensité et l’attrait des médias numériques sont différents. Et la recherche démontre que 98 pour cent des enfants vivent maintenant dans un foyer où il y a un appareil relié à l’Internet, de sorte qu’ils passent une partie considérable de leur temps en ligne.

Dans une étude publiée aujourd’hui dans JAMA Pediatrics, nous avons trouvé un rapport quantifiable entre combien de temps les jeunes enfants utilisent les écrans et comment ils atteignent leurs étapes de développement.

Nous avons découvert que des niveaux élevés de temps d’écran à deux et trois ans prédisent de moins bons résultats chez l’enfant à trois et cinq ans, respectivement.

Les enfants dépassant les normes de temps d’écran

Environ 2400 mères de Calgary, en Alberta ont indiqué quel était le temps que leurs enfants passaient devant l’écran.

Notre étude a révélé qu’en moyenne les enfants étaient rivés à l’écran durant 2,4, 3,6 et 1,6 heures par jour à l’âge de deux, trois et cinq ans, respectivement.

Ces chiffres dépassent de loin les recommandations des Société canadienne de pédiatrie et de l’American Academy of Pediatrics — selon qui les enfants d’entre deux et cinq ans ne devraient visionner pas plus d’une heure d’émissions par jour.

Quand les enfants sont rivés à leur téléphone, ils ne jouent pas dehors et n’expérimentent pas les relations sociales. (Unsplash/limor zellermayer), CC BY

La poule ou l’œuf?

Nous avons aussi donné aux mères un examen préalable largement utilisé pour voir si leurs enfants avaient atteint les objectifs de développement en communication, facultés motrices, résolution de problèmes et habiletés sociales.

Pour évaluer la communication chez un enfant de trois ans, par exemple, on pouvait demander d’identifier les principales parties du corps. Pour les facultés motrices, on pouvait demander si l’enfant pouvait de tenir sur un pied ou enfiler des perles.

Nous avons utilisé une enquête longitudinale pour comprendre si des niveaux élevés de temps d’écran prédisent le taux de réussite des enfants ou si des enfants qui ont des difficultés sont placés davantage devant des écrans pour les aider à gérer leurs comportements problématiques.

Alors que des niveaux élevés de temps d’écran ont effectivement prédit de moins bons résultats, le modèle opposé n’a pas été observé. C’est à dire que nous n’avons trouvé aucune preuve d’un retard d’étapes de développement menant à des niveaux élevés de temps d’écran.

Interface numérique ou occasions manquées?

Parce que nous avons seulement examiné un nombre total d’heures d’écrans, nous ne savons pas quels sont les jeux, applications ou sites web que les enfants utilisent. Qui sont les coupables? Les médias en continu, les applis ou les jeux vidéo? Est-ce la forme passive plutôt qu’active de la technologie numérique? Est-il important que les enfants passent du temps devant l’écran seul ou avec leurs éducateurs? Ce sont là de sérieuses questions à considérer pour la recherche à venir.

Une course dans la rue est plus profitable pour le développement physique d’un enfant qu’un jeu électronique. (Unsplash/wayne lee sing), CC BY

De plus, notre recherche n’a pu déterminer directement comment le temps d’écran retarde le développement de l’enfant. Deux idées prédominantes existent. La première idée est appelée effets directs, selon laquelle il y a quelque chose à propos de l’interface numérique (lumière vive, forte incitation à jouer et récompenses répétitives) qui compromet le développement.

L’autre idée sont les occasions manquées, selon laquelle quand les enfants passent leur temps devant l’écran, ils ne profitent pas des occasions de se développer — comme en parlant, courant ou interagissant avec les autres.

Profiter des écrans modérément et surtout, avec les autres

Notre étude a démontré un rapport entre le temps d’écran et le développement de l’enfant. Ce qui ne signifie pas qu’il y a cause à effet.

Pour déterminer cela, des méthodes expérimentales de la norme la plus élevée qui placent de façon aléatoire les enfants en situation de recevoir ou ne pas recevoir du temps d’écran, afin de voir ensuite comment ils se développent, sont nécessaires.

Étant donné des difficultés éthiques d’une telle étude et de l’ubiquité de la technologie numérique, ce type de recherche est presque impossible. Ainsi, les études comme la nôtre, qui suivent les enfants au fil du temps et appliquent des statistiques sophistiquées, demeurent ce qu’il y a de mieux pour comprendre les rapports.

Les familles peuvent s’efforcer à trouver un juste équilibre pour l’utilisation des médias numériques à la maison et nous croyons qu’ils peuvent être utilisés de façon positive. Les problèmes surgissent vraisemblablement lorsqu’on les utilise à l’excès.

Comme il est indiqué dans The Art of Screen Time, il est préférable de profiter des écrans, modérément et surtout avec les autres.

Dillon Thomas Browne, Assistant Professor, University of Waterloo; Nicole Racine, Postdoctoral Research Fellow, University of Calgary et Sheri Madigan, Assistant Professor, Canada Research Chair in Determinants of Child Development, Owerko Centre at the Alberta Children’s Hospital Research Institute, University of Calgary

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.