Thomas Merritt, Laurentian University

Lisez-vous cet article avec une tasse de café à la main ? Probablement. Le café est la boisson la plus populaire dans de nombreuses régions du monde, dont au Canada. Soixante-quatre pour cent des Canadiens boivent du café quotidiennement et consomment, en moyenne, 152 litres par année, ce qui classe le pays troisième, per capita, à ce chapitre dans le monde, après la Finlande et les Pays-Bas.

La France, de son côté, est le septième marché mondial du café derrière le Brésil, les États-Unis, l’Allemagne, l’Indonésie, le Japon et l’Italie.

D’ailleurs, lorsque la nouvelle a été annoncée que le couple princier Harry et Meghan envisageait de s’installer au Canada, le géant canadien du café Tim Hortons leur a offert du café gratuit à vie.

Vu la popularité du café, il est surprenant de constater à quel point la confusion règne autour de la façon dont ce chaud et sombre nectar des dieux affecte notre biologie.

Les ingrédients du café

Les principaux ingrédients biologiquement actifs du café sont la caféine (un stimulant) et plusieurs antioxydants. Que savons-nous de leurs effets sur notre corps ? Les principes de base sont assez simples, mais le diable est dans les détails et les spéculations sur la façon dont le café pourrait nous aider ou nous nuire vont bon train.

Les propriétés stimulantes de la caféine font qu’une tasse de café suffit pour vous réveiller. En fait, le café, ou du moins la caféine qu’il contient, est la drogue psychoactive la plus utilisée dans le monde. Elle semble agir comme un stimulant, du moins en partie, en empêchant l’adénosine, qui favorise le sommeil, de se lier à son récepteur.

La caféine et l’adénosine ont des structures annulaires similaires. La caféine agit comme un imitateur moléculaire, remplissant et bloquant le récepteur d’adénosine. Cela empêche l’organisme d’être naturellement capable de se reposer lorsqu’il est fatigué.

Ce blocage est également la raison pour laquelle une trop grande quantité de café peut vous rendre nerveux ou vous empêcher de dormir. La fatigue ne peut être réprimée qu’un certain temps avant que les systèmes de régulation de l’organisme ne commencent à faire défaut, ce qui entraîne des effets comme l’anxiété ou l’insomnie. Un lien possible entre la consommation de café et l’insomnie a été identifié il y a plus de 100 ans.

Des réponses uniques

Chaque personne réagit différemment à la caféine. Cela est dû notamment aux différentes formes du récepteur d’adénosine, la molécule à laquelle la caféine se lie et qu’elle bloque. Il existe probablement aussi des variations génétiques.

Certaines personnes ne transforment pas la caféine. Pour elles, des boissons comme le café pourraient présenter un danger médical. Mais au-delà de ce cas extrême, il y a de multiples variations dans la façon dont nous réagissons à une tasse de café. Et comme souvent avec la biologie, cette variation résulte de l’environnement, de nos habitudes passées de consommation, de la génétique et, honnêtement, du hasard.

Dans une étude réalisée sur des rats, la caféine a déclenché la contraction des muscles lisses. Il est donc possible que la caféine favorise l’activité intestinale. D’autres études ont cependant montré que le café décaféiné peut avoir un effet aussi important sur l’activité intestinale que le café, ce qui suggère un mécanisme plus complexe impliquant d’autres molécules.

Avantages des antioxydants

Qu’en est-il des antioxydants contenus dans le café et du buzz qui les entoure ? Les processus métaboliques produisent l’énergie nécessaire à la vie, mais ils créent également des déchets, souvent sous la forme de molécules oxydées. Elles peuvent être nocives en soi ou en endommageant d’autres molécules.

Les antioxydants sont un vaste groupe de molécules qui peuvent épurer les déchets dangereux. Tous les organismes en produisent lors de leur processus d’équilibre métabolique. Il n’est pas clair si le fait de compléter notre alimentation avec des antioxydants supplémentaires peut augmenter ces défenses naturelles, mais cela est possible.

Les antioxydants ont été associés à presque tout, y compris l’éjaculation précoce. Ces allégations d’effets positifs sont-elles fondées ? Étonnamment, la réponse est encore une fois un retentissant « peut-être ».

Le café et le cancer

Le café ne guérit pas le cancer, mais il peut aider à le prévenir, ainsi que d’autres maladies.

Pour répondre en partie à la question du lien entre le café et le cancer, il faut en poser une autre : qu’est-ce que le cancer ? Dans sa forme la plus simple, il s’agit d’une croissance cellulaire incontrôlée, qui consiste fondamentalement à réguler le moment où les gènes sont, ou ne sont pas, activement exprimés.

Mon groupe de recherche étudie les gènes et la régulation. Je confirme qu’une bonne tasse de café, ou une augmentation de la caféine ne modifiera pas le dérèglement d’un gène, le cas échéant.

Les antioxydants contenus dans le café peuvent cependant avoir un effet anticancéreux. N’oubliez pas que les antioxydants combattent les dommages cellulaires. Un de ces dommages qu’ils peuvent contribuer à réduire est celui des mutations de l’ADN. Le cancer est causé par des mutations qui entraînent une mauvaise régulation des gènes.

Des études ont montré que la consommation de café combat le cancer chez les rats. D’autres études chez l’humain indiquent que la consommation de café est associée à des taux plus faibles de certains cancers.

Plusieurs études ont montré que la consommation de café réduit le taux de certaines maladies chez les rats et les souris. (Shutterstock)

Il est intéressant de noter que la consommation de café a également été liée à la réduction des taux d’autres maladies, notamment la maladie de Parkinson et à d’autres formes de démence. Au moins une étude expérimentale en culture cellulaire sur des souris montre que cette protection est due à une combinaison de caféine et d’antioxydants dans le café.

Une consommation plus importante de café a également été liée à des taux plus faibles de diabète de type 2. Les effets combinés et les variations entre les individus semblent être communs à toutes les maladies, d’où la complexité de la recherche.

En fin de compte, où tout cela nous mène-t-il en ce qui concerne la biologie du café ? Eh bien, comme je le dis à mes étudiants, c’est compliqué. Mais il y a un fait indéniable, comme la plupart des lecteurs le savent déjà : le café aide à bien vous réveiller le matin.

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Thomas Merritt, Professor and Canada Research Chair, Chemistry and Biochemistry, Laurentian University

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.