L.F. Carver, Queen’s University, Ontario

De plus en plus dans le monde, les animaux de compagnie sont traités comme des membres à part entière de la famille.

En fait, des millions d’humains à travers la planète sont attachés à leurs animaux domestiques. Ils apprécient leur compagnie, se promènent avec eux, et leur parlent même. C’est prouvé: s’attacher à un animal domestique est bénéfique pour la santé humaine et contribue même à bâtir la communauté.

Les animaux de compagnie sont de plus en plus souvent inclus dans les fêtes de famille et ils comptent aux yeux de tous leurs membres. C’est particulièrement frappant dans les familles monoparentales, où l’animal peut s’avérer un compagnon important pour les enfants. Ceux qui sont entourés d’animaux de compagnie affichent des taux d’empathie et d’estime de soi plus élevés que ceux qui n’en ont pas.

Le fait de considérer toutou ou minou comme un membre de la famille – et non comme une possession – peut rendre la tâche de s’en occuper moins stressante. Passer du temps à prendre soin d’eux augmente notre attachement, ce qui réduit notre stress.

Dans le cadre de la recherche que mes collègues et moi avons effectuée sur le vieillissement et l’implication sociale, nous avons trouvé de nombreuses analyses démontrant que les interactions impliquant les animaux de compagnie, surtout si on les aime, ont un effet protecteur sur notre santé. Un nouveau terme anglais a été inventé pour parler de l’effet bénéfique des animaux de compagnie sur la santé humaine : Zooeyia. En Allemagne et en Australie, on a calculé que les propriétaires d’animaux consultent un médecin 15% moins souvent, sur une base annuelle, que ceux qui n’en ont pas.

Des liens affectifs sains

Il existe de nombreux effets bénéfiques pour la santé quand on développe un lien affectif avec son animal. Et nous avons tendance à aimer davantage les animaux qui vivent sous notre toit. Ainsi, une étude a démontré que l’attachement est plus grand si le chien vit dans maison que s’il vit dans la cour. Lorsqu’on s’attache davantage à son chien, on atendance à le promener plus longtemps que lorsque le lien affectif est moins développé.

Il est prouvé que partager sa vie avec un animal de compagnie diminue les risques associés aux maladies coronariennes, réduit le niveau de stress, et augmente le niveau d’activité physique (principalement en raison des promenades du toutou). La compagnie d’un animal contribue également à une baisse de la tension artérielle lorsqu’un couple s’adonne à une activité stressante. En fait, les taux de beta-endorphine, d’oxytocine et de dopamine, parmi d’autres indicateurs, remontent à la fois chez les humains et leurs chiens lors d’interactions affectueuses, ce qui prouve que les deux espèces bénéficient du temps passé ensemble. De plus, on a constatéune amélioration du taux de survie chez les propriétaires d’animaux de compagnie âgés de 65 à 84 ans souffrant de maladies cardiovasculaires et soignés pour l’hypertension.

Nos animaux: des membres de la famille et de la communauté

Comme beaucoup traitent leur animal de compagnie comme un membre à part entière de leur famille, la perte d’un chien ou d’un chat est souvent vécue comme un chagrin profond. Il leur est difficile de remplacer l’animal décédé car ils ont créé un lien personnalisé avec lui. Le lien entre humains et animaux est souvent si intense qu’il n’est pas rare de vivre un deuil semblable dans ses émotions et son comportement à celui que l’on vit lors de la perte d’un être de sa propre famille.

Ce lien unissant humains et animaux peut également contribuer à développer le sens communautaire. Les propriétaires d’animaux se lient fréquemment aux propriétaires d’autres animaux. Les réseaux sociaux initiés au travers de conversations basées sur le bien-être des animaux peuvent évoluer vers des rapports interpersonnels, ainsi que des activités communes autour desdits animaux (par exemple, les clubs de marcheurs de chiens). Promener son chien permet de sortir de son espace privé, lequel peut parfois être un facteur d’isolement, et de se tourner vers la sphère publique là ou est rendue possible une interaction avec ses voisins et autres marcheurs.

Protéger les animaux de compagnie

Les sociétés ont créé des lois et des institutions dans le but de protéger les animaux domestiques. Dans la plupart des juridictions, la réglementation n’a pas évolué pour refléter ce statut de bien-aimé que l’on accorde aux animaux et continue de les traiter comme de la propriété. Si un animal de compagnie perdu n’est pas réuni avec son propriétaire en l’espace de quelques jours, il peut être vendu à une nouvelle famille d’accueil, un laboratoire de recherche ou être euthanasié. Toutefois, certains pays comme l’Inde, l’L’Italie et Taiwan ont légiféré contre l’euthanasie des chiens en santé dans les refuges pour animaux.

Mais l’euthanasie est encore courante en Amérique du Nord. Selon Animaux Canada, 70% des chiens et chats perdus au Canada en 2017 n’ont pas été réclamés et des dizaines de milliers d’entre eux ont été euthanasiés.

En 2016, 4 308 921 animaux ont été testés dans des laboratoires canadiens. Près de 17 000 d’entre eux étaient des chiens et des chats domestiques fournis aux laboratoires par des refuges pour animaux et ensuite euthanasiés.

Le renforcement du lien entre l’humain et l’animal a mené à la création d’organismes sans but lucratif voués au sauvetage des animaux abandonnés dans les refuges avant qu’ils ne soient euthanasiés ou vendus aux laboratoires de recherche. En Nouvelle-Écosse, la mission Marley’s Hope accepte des chiens de toutes les races. L’organisme a conclu un partenariat avec la Première nation Sipekne’katik pour recueillir les chiens errants, les stériliser et leur trouver une famille d’accueil.

À Toronto, en Ontario, l’organisme Underdog Railroad récupère les chiens et chats domestiques envoyés dans des refuges à haut taux d’euthanasie et les offrent gratuitement sur Internet, avec d’autres animaux, « à toute maison accueillante ».

Quant à l’organisme Elderdog Canada, en plus de sauver des chiens âgés et abandonnés il offre aux personnes âgées du soutien pour prendre soin de leur animal de compagnie.

Chez la Humane Society International/Canada, on offre de l’aide pour les programmes de stérilisation en plus de lutter pour le sauvetage d’animaux et contre l’utilisation des chiens et chats dans l’industrie de la viande. L’organisme a réussi à faire fermer trois fermes de viande de chien et deux abattoirs en 2018, sauvant 512 chiens, dont une bonne partie se sont retrouvés dans des familles d’accueil au Canada et aux États-Unis.

Mohandas Gandhi a compris l’importance du lien unissant l’homme et la bête.

Dans son autobiographie, il a écrit : « la suprémacie de l’homme sur les plus petits animaux ne lui permet d’en faire sa proie, mais commande plutôt que le plus fort protège le plus faible et que les deux se soutiennent mutuellement. »

Reconnaître que les animaux de compagnie enrichissent la vie humaine et comprendre la profondeur des liens qui nous unissent à eux, c’est peut-être la clé vers une meilleure santé et une amélioration du bien-être de la collectivité.

L.F. Carver, Post Doctoral Fellow, Queen’s University and Ageing + Communication + Technologies (ACT) (SSHRC funded), Queen’s University, Ontario

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.