Francis Vergunst, Université de Montréal

Comment trouver la relation de couple qui va durer : il s’agit là d’une des plus vieilles interrogations de l’être humain. Et de ce fait, nous nous intéressons grandement aux facteurs qui pourraient prédire la réussite du couple. Les traits de caractère, tels que la chaleur humaine, la capacité de faire attention à l’autre, la sociabilité, et la confiance semblent être importants.

Mais notre comportement, lorsque nous étions enfants, pourrait-il présager de nos chances de rencontrer l’être cher ?

Une nouvelle étude que mes collègues et moi-même avons publiée dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry démontre que les enfants repérés par leurs enseignants à l’école élémentaire comme souffrant d’anxiété ou d’un déficit d’attention étaient plus susceptibles de rester seuls entre 18 et 35 ans. Et que les enfants agressifs oppositionnels — c’est-à-dire ceux ayant tendance à se battre, à intimider et à désobéir — avaient plus de chance de rompre et de se retrouver sans partenaire. À l’inverse, les enfants faisant preuve de gentillesse, capables d’aider les autres, et respectueux se retrouvent dans des relations durables dès le début de l’âge adulte.

Notre étude donne à penser que les germes de nos relations futures se mettent en place et sont repérables dès avant l’adolescence. Il y a là des répercussions importantes pour les enfants souffrant de difficultés comportementales : ces derniers devront déjà faire face à des défis importants, allant du chômage aux emplois mal rémunérés. S’ils pouvaient être repérés par leurs professeurs, il serait possible de leur offrir une évaluation et le soutien nécessaire afin d’améliorer leurs chances dans la vie.

On associe la relation romantique à une vie plus longue et plus heureuse. Pexels/Nappy

Il y a bien des avantages à vivre une relation de bonne qualité. Soutien émotionnel, partage des responsabilités parentales, sécurité socio-économique, tout ça pouvant mener à la maturité et diminuer ainsi les névroses tout en améliorant l’extraversion et l’estime de soi.

Être en relation tempère les effets nuisibles du stress, nous protège des effets de l’alcool et du tabagisme à l’âge mûr, améliore notre santé mentale et notre bien-être, et nous permet de vivre plus longtemps en bonne santé. Bien que le lien de causalité ne suffise pas à lui seul à expliquer ces résultats sur la santé, puisque des gens déjà heureux et en bonne santé peuvent déjà avoir été « sélectionnés » dans une relation, il n’en demeure pas moins que ce lien y contribue.

Pourquoi cette étude ?

Des études précédentes ont démontré que les troubles mentaux chez l’enfant comme le trouble de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles du comportement sont associés à d’éventuelles difficultés relationnelles, y compris la violence conjugale ainsi qu’à un taux de satisfaction moindre dans le cadre de la relation. Nous nous sommes attachés à découvrir si les comportements usuels des enfants — y compris les traits prosociaux — pouvaient présager de la stabilité des relations futures chez les enfants n’ayant pas reçu de diagnostic clinique.

Nous avons basé notre analyse sur un échantillon de près de 3 000 enfants canadiens qui avaient été évalués par leurs professeurs en termes de déficits d’attention, d’hyperactivité, d’agressivité, d’opposition, d’anxiété et de pro-socialité et ce, aux âges de 10, 11 et 12 ans. Nous les avons ensuite suivis jusqu’à l’âge adulte afin de pouvoir examiner leurs déclarations de revenu (rendues anonymes).

Puisque Revenu Canada exige que les personnes mariées ou vivant avec un conjoint communiquent leur situation familiale, nous avons pu identifier statistiquement les groupes d’individus répondant à des schémas relationnels spécifiques. Nous avons ensuite recoupé ces résultats avec leur évaluation comportementale antérieure. Nous avons tenu compte du niveau socio-économique des participants, car certaines études ont prouvé leur influence sur le comportement des couples.

Graph with multiple lines showing different partnership trajectories.
Évolution des relations chez les 18 à 35 ans. Francis Vergunst, Author provided

Nous avons découvert que les sujets qui étaient anxieux durant leur enfance étaient plus susceptibles de ne pas être en couple entre les âges de 18 et 35 ans. Et que ceux qui se séparaient tôt (vers 28 ans) et redevenaient célibataires étaient plus susceptibles d’avoir présenté des signes d’agressivité et d’opposition dans leur enfance. Il est intéressant de noter que les enfants inattentifs avaient plus de chance de se retrouver dans les groupes célibataires ou s’étant séparés tôt.

Les sujets des groupes célibataires et séparés ont également obtenu de mauvais résultats à d’autres niveaux : ils avaient davantage tendance à quitter le secondaire sans diplôme, de moins bien gagner leur vie et d’être bénéficiaires de l’assistance sociale. Ce qui soulève des interrogations importantes sur les facteurs sous-jacents qui pourraient expliquer le lien entre le comportement des enfants et leur comportement dans le cadre d’une relation adulte.

En quoi le comportement est-il important dans le cadre d’une relation ?

Les comportements de l’enfant peuvent influencer sa capacité à s’associer à un partenaire de façon soit directe, soit indirecte. Les comportements sont relativement stables au cours d’une vie : il est donc probable que la persistance d’un comportement d’enfant — comme l’agressivité ou l’anxiété — persiste à l’âge adulte, d’où des difficultés à former et à entretenir des relations durables.

Les études démontrent que les adultes ayant des faiblesses au niveau de l’amabilité, du sérieux et de a stabilité émotionnelle, telles que mesurées sur les cinq grandes catégories de personnalité, vivent des relations moins satisfaisantes et plus tumultueuses, et dont la stabilité peut conséquemment être mise en péril.

Les influences indirectes sur les relations comprennent des événements intermédiaires, tels que la situation professionnelle ou les revenus, qui ont des répercussions sur la construction du capital humain qui participe à l’attirance que l’on peut avoir pour un partenaire. Par exemple, les enfants qui affichent des comportements perturbateurs et inattentifs ont généralement moins d’amis, sous-performent à l’école, sont plus susceptibles d’avoir des problèmes de toxicomanie et de gagner moins et de bénéficier plus de l’assistance sociale à l’âge adulte — tout ceci faisant obstacle à leur aptitude à former une relation romantique durable.

Il n’est donc pas surprenant que les enfants prosociaux se retrouvent dans des relations stables et de longue durée. Ils ont tendance à mieux s’entendre avec leurs pairs, à mieux réussir leur scolarité, et à gagner davantage, ce qui augmente leur désirabilité auprès de partenaires potentiels.

Mise en garde

On ne devrait pas évaluer cette étude comme un débat normatif sur le bien-fondé de la vie de couple, ce qui impliquerait que les gens devraient être en relation de couple, ou que « durer, c’est mieux ». Il s’agit de décisions éminemment personnelles et qui dépendent avant tout de préférences individuelles, d’objectifs dans la vie, du contexte financier, des ambitions professionnelles, etc.

Nous constatons plutôt que la majorité des gens désirent être en relation, et que cette relation peut avoir des impacts bénéfiques sur la santé et le bien-être et que la persistance des comportements difficiles non diagnostiqués ne devrait pas devenir un obstacle à des relations saines à l’âge adulte.

Les enfants considérés comme gentils, serviables et respectueux se sont retrouvés plus tôt dans des relations durables durant leur jeune vie d’adulte. Pexels/CDC

Notre étude se heurte à ses limites puisque nous n’avons examiné que des cas qui étaient en relation, et non la qualité de ces relations. Ceci devrait faire l’objet d’études subséquentes, puisque les enfants au comportement difficile courent le risque de se retrouver au cœur de relations moins stables et moins satisfaisantes.

Soutenir nos enfants

Les partenariats réussis dépendent d’une multitude de facteurs, tant individuels que contextuels, et le comportement d’un individu durant son enfance ne représente qu’un élément d’un ensemble beaucoup plus large. Notre étude démontre que les problèmes comportementaux chez l’enfant représentent des défis qui se répercutent partout dans leur vie, incluant les relations de couple.

Un suivi et un soutien précoces sont essentiels. Les programmes qui ciblent les enfants aux comportements perturbateurs, anxieux, et souffrant d’un déficit d’attention et mettent en avant les compétences socio-émotionnelles peuvent être bénéfiques et durables tant pour l’individu que pour sa famille, et la société en général. Après tout, il y a bien des raisons d’encourager la bonne conduite !

Francis Vergunst, Postdoctoral Fellow in Developmental Public Health, Université de Montréal

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.