Julian Daniel Sunday Willett, McGill University

La pandémie de Covid-19 a engendré un énorme afflux de ressources pour tenter d’y mettre fin, que ce soit par l’identification de médicaments qui peuvent sauver des vies, le suivi de la propagation du virus et, finalement, la prévention de la maladie grâce à des vaccins.

En tant que médecin chercheur, j’étudie comment le virus a évolué au cours de la pandémie, car toute transformation pourrait modifier l’efficacité des traitements. Le 9 novembre, Pfizer a divulgué ses résultats préliminaires qui montrent que le vaccin qu’elle a mis au point avec BioNTech avait une efficacité d’environ 90 %. Neuf jours plus tard,les résultats finaux des essais cliniques avec deux mois de données sur l’innocuité ont été publiés, indiquant un taux d’efficacité de 95 pour cent.

Le 18 novembre, Pfizer a annoncé son intention de déposer une demande d’autorisation d’urgence aux États-Unis auprès de la Food and Drug Administration.

Pendant ce temps, le 16 novembre, Moderna a communiqué les résultats préliminaires pour son vaccin développé avec les Instituts nationaux de la santé des États-Unis (NIH). Son efficacité est également d’environ 95 pour cent.

Il s’agit de bonnes nouvelles, mais nous devons comprendre comment cela peut permettre que la vie revienne un jour à la normale.


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ADN, ARN messager et protéines

Les vaccins de Pfizer et de Moderna sont tous les deux à base d’ARNm. Dans chacune de nos cellules, l’ADN produit de l’ARN messager (ARNm) qui contient des matrices pour la fabrication de protéines. On l’appelle ARN messager parce qu’il transporte cette information vers d’autres parties de la cellule, où les instructions sont lues et suivies pour produire des protéines spécifiques.

Impression en 3D de la protéine de spicule du SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19. Ces protéines se trouvent sur la surface du virus et lui permettent de pénétrer dans les cellules humaines et de les infecter. NIH, CC BY

Lorsqu’on injecte un vaccin à ARNm à une personne, ses cellules utilisent l’information contenue dans l’ARNm pour produire une protéine : dans le cas qui nous intéresse, il s’agit d’une version de la protéine de spicule du coronavirus qui engendre la Covid-19. Le système immunitaire reçoit alors le signal de produire des anticorps et des cellules immunitaires.

Un vaccin à ARNm comporte certains avantages pour la vaccination à grande échelle.Il peut conférer une forte immunité, être fabriqué rapidement et à faible coût et, comme les vaccins inactivés et les vaccins sous-unitaires,il est impossible qu’il cause la maladie.

Construire une immunité

Ce vaccin pourrait protéger beaucoup de gens contre ce virus dévastateur. Lorsqu’on dit qu’un vaccin est efficace à 90 %, cela signifie que si 100 personnes sont en contact avec le virus après avoir été vaccinées, 90 d’entre elles ne devraient pas tomber malades. Cela signifie également que 10 personnes risqueraient de développer la maladie, mais, heureusement, la protection offerte par les vaccins n’est pas du type « tout ou rien ». Ces 10 personnes seraient probablement moins affectées que si elles n’avaient pas été vaccinées.

Des passants marchent devant le siège mondial de Pfizer à New York, le 9 novembre 2020. AP Photo/Bebeto Matthews

Il faut du temps au système immunitaire pour se préparer à combattre une infection. Construire une immunité contre le SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19, c’est un peu comme s’entraîner pour courir un marathon. Tout d’abord, le coureur doit s’inscrire, tout comme le système immunitaire doit être exposé au virus. Ensuite, il doit acquérir de la résistance. Pour le système immunitaire, cela signifie fabriquer des anticorps et des cellules immunitaires. Enfin, il faut courir le marathon : le système immunitaire renforcé élimine l’agent infectieux ou l’empêche de continuer à faire des dégâts.

Tant Pfizer que Moderna ont administré deux doses de vaccin aux participants à leurs essais cliniques, et ce, à trois ou quatre semaines d’intervalle, respectivement. C’est à peu près le temps nécessaire pour que le système immunitaire puisse bâtir une réelle protection. Un vaccin de rappel a été administré pour produire encore plus d’anticorps et de cellules immunitaires. Si on reprend l’exemple du marathon, c’est comme si on faisait un marathon d’essai environ trois semaines après le début de son entraînement. Le coureur aura un meilleur résultat qu’au premier jour, mais il devra continuer de s’entraîner. Le vaccin de rappel permet d’obtenir ce surcroît d’entraînement.

Le début de la fin

La pandémie sera-t-elle terminée une fois qu’un vaccin sera offert au public ? Pas vraiment. Un vaccin n’est jamais parfait, et il faut du temps pour que le système immunitaire soit capable d’engendrer une protection.

Un homme se trouve devant l’entrée d’un bâtiment de Moderna à Cambridge, au Massachusetts, le 18 mai 2020. AP Photo/Bill Sikes

En outre, il est possible que les vaccins ne soient pas aussi performants que prévu. Les essais cliniques sont soigneusement élaborés, mais le virus pourrait avoir suffisamment évolué depuis que les vaccins ont été conçus pour qu’ils ne soient plus aussi efficaces. Il faudra également du temps pour fabriquer et administrer suffisamment de vaccins pour que la population acquière une immunité collective.

Les masques et la distanciation seront fort probablement encore nécessaires tout au long de l’an 2021, car il faut du temps pour réaliser des projets de cette envergure. Nous ne pouvons pas attendre que nos voisins tombent malades pour obtenir une immunité collective. Le coût humain en serait inacceptable et le virus est trop infectieux pour qu’on ait des résultats intéressants tant qu’il n’y aura pas au moins 67 % de la population d’infectée, ce qui entraînerait forcément beaucoup de morts.

Nous vivons une époque inquiétante, mais nous avons de bonnes raisons d’avoir de l’espoir. Les résultats de Pfizer et de Moderna sont une bonne nouvelle et l’on pourrait s’attendre à retrouver une certaine normalité. Nous ne devons pas oublier qu’il faudra du temps et que nous devons tous travailler ensemble. Les masques et la distanciation sont notre réalité en ce moment et le resteront au moins jusqu’à l’année prochaine. Nous devons persévérer dans ces mesures, même lorsque nous les trouvons frustrantes. Il y a une lumière au bout du tunnel et nous pouvons tous l’atteindre en y mettant de l’effort.

Julian Daniel Sunday Willett, PhD Candidate, Quantitative Life Sciences, McGill University

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.