Pool, un film de Benoît Michelet et Islena Neira.Pool, sur Vimeo, capture d’écran.

Anne-Sophie Gomez, Université Clermont Auvergne

Créé en juillet 2017, le carnet de recherches « Aquacult : la piscine en textes, en sons, et en images » répertorie des œuvres internationales ayant pour thème ou pour décor une piscine. Il peut s’agir de films ou de romans, mais aussi de bandes dessinées, de sculptures, d’installations ou de street art. Cette base de données librement accessible est destinée non seulement à des chercheurs mais aussi à un plus large public : journalistes, bibliothécaires, étudiants en histoire de l’art, en STAPS, maîtres-nageurs, nageurs, artistes, ou toute personne curieuse et intéressée par les piscines, la natation et la culture.

En attendant la réouverture des piscines publiques, plongeons ensemble dans celles, imaginaires, des réalisateurs de courts-métrages, dont les films sont visibles gratuitement en ligne. Car les piscines sont une source d’inspiration particulièrement féconde non seulement pour les peintres (on pense bien sûr à David Hockney et à ses tableaux californiens), les photographes, les écrivains, mais aussi pour les cinéastes (The Cinema of the Swimming Pool).

Voici une sélection de films au format court qui vous permettront de faire en quelques clics autant de plongeons virtuels et de vous rafraîchir à l’approche de l’été tout en conservant la distanciation sociale de rigueur.

Court-métrages d’animation à voir en famille

De nombreux films d’animation ont pour sujet ou pour décor la piscine. Dans 5 mètres 80, réalisé en 2013, Nicolas Deveaux (Athleticus, 1 mètre par heure) choisit de faire sauter un troupeau de girafes dans un bassin olympique désert. Plongeons de haut vol garantis !

En raison des défis techniques qu’elle pose (reflets, texture de l’eau, son), la piscine constitue un thème apprécié par les étudiants en école d’animation. Avec Clapotis, réalisé en 2017 comme film de fin d’études pour l’école La Poudrière, Mor Israeli vous embarque dans l’ambiance chlorée d’une piscine municipale. L’humour et le son immersif en font un petit bijou du genre mais on vous préfère vous prévenir, le jacuzzi est déjà occupé… Sur le même thème, découvrez Grand Bassin, de Héloïse Courtois, Victori Jalabert, Chloé Plat et Adèle Raigneau, réalisé en 2018 pour l’École des Nouvelles Images : un après-midi haut en couleur à la piscine, entre plongeons et aquagym, sans jacuzzi mais avec un pédiluve et quelques soucis capillaires…

Dans La Leçon de natation (Danny de Vent, 2008), Jonas, 5 ans, s’apprête à suivre son premier cours pour apprendre à nager. Le réalisateur montre la piscine à hauteur d’enfant. Même perspective dans Pool, de Islena Neira Lacosta et Benoît Michelet (2019), qui montre une fillette confrontée à sa peur dans une gigantesque piscine, et dans Le grand bain, d’Elise Augarten (2017), un film d’animation au fusain dans lequel la petite Tomate, impatiente, s’élance seule vers le bassin.

La Plongeuse, de Iulia Voitova (2018), est une sportive de papier qui se blesse à force d’entraînements répétés. Seules des mains expertes lui permettront de retrouver le chemin des bassins et, peut-être, de la victoire. Dans The Diver (We Are Batch Tv, 2018), ce n’est plus une sportive, mais une jeune femme timide et discrète qui s’épanouit au contact du plongeoir et de l’eau dans une piscine déserte.

Pour les amateurs de natation synchronisée, voici deux films d’animation, Stream (Rotem Naftali, 2016) et Neptune Olympique (Mathilde Bedouet, 2013) qui mettent en scène avec humour et malice une compétition virant soudain au chaos libérateur.

Clapotis, de Mor Israeli. Capture d’écran

Films vintage pour nostalgiques

Si vous êtes nostalgiques d’anciens dessins animés, vous pourrez toutefois également trouver votre bonheur en ligne, tout d’abord avec l’épisode de Popeye The Sailor intitulé I wanna be a Lifeguard (Studios Fleisher, 1936). Popeye décide de postuler après avoir vu une annonce pour un emploi de maître-nageur, pensant par la même occasion impressionner la jolie Olive… Il y a certes quelques dialogues et pancartes en anglais, mais le comique quasi exclusivement visuel permettra aux plus jeunes de suivre l’histoire et de se délecter de l’inventivité du combat aquatique que se livrent Popeye et son rival. Nul doute que les enfants apprécieront aussi les conseils de Dingo lorsque celui-ci nous apprend Comment être un bon nageur (How to Swim, 1942), pratique qu’il complète par l’apprentissage du ski nautique dans Dingo fait de la natation (Aquamania, 1961).

Des courts-métrages pour adolescents et adultes

On tombe souvent amoureux à la piscine. Parfois, c’est même le coup de foudre. Dans Swimming Pool, film d’animation sans dialogues de la réalisatrice tchèque Alexandra Hetmerova (2010), deux solitudes se heurtent dans le calme nocturne d’un bassin. Et dans 2 minutes de Maxence Pupillo, une compétition d’apnée prend un tour inattendu.

Sauter ou ne pas sauter, telle est la question, que se pose l’héroïne de Allez Hop !, un film de Juliette Baily (2012), ainsi que les réalisateurs Axel Danielson et Maximilien Van Aertryck dans Ten Meter Tower, un passionnant documentaire expérimental suédois (sous-titres en anglais, peu de dialogues très compréhensibles), qui ne manquera pas de susciter débats et discussions au sein des familles et des couples.

Place à l’humour maintenant avec un épisode de la série Mr. Bean (The Curse of Mr. Bean/Les Malheurs de Mr. Bean, 1990), où les problèmes débutent dès l’arrivée sur le parking de la piscine. Toujours dans la rubrique humour, on signalera la pastille proposée par le Collectif la douche, Le bout de Graal (2017) : au bord d’une piscine, trois jeunes femmes discutent, parlent de leurs complexes. Les humoristes se penchent ici sur le sempiternel sujet du rapport au corps et des injonctions sociales à l’approche de l’été.

Dans un registre plus poétique, nous vous recommandons la sublime danse subaquatique de l’apnéiste Julie Gautier, Ama (2018), sur une chorégraphie d’Ophélie Longuet. Julie Gautier a dédié ce film, qu’elle a mis en ligne à la date symbolique du 8 mars 2018, « à toutes les femmes du monde ». Depuis quelques mois, le making of du film, est également disponible.

Courts-métrages en langue étrangère

Enfin, pour celles et ceux qui souhaitent profiter du confinement pour visionner des courts-métrages en VO et allier ainsi l’utile à l’agréable, voici quelques titres que nous pouvons vous recommander :

Manolo, de Robert Bohrer (Allemagne, 2009, en allemand non sous-titré), met en scène des adolescents venus se baigner par une belle journée estivale.

Dans Alberca, de Paola Villa Alvarez (Mexique, 2018, en espagnol non sous-titré), Karla est une trentenaire qui vient juste de divorcer lorsqu’elle rencontre Fernando, un homme plus jeune qu’elle, à la piscine de leur résidence.

Pour And So We Put Goldfish In The Pool (Japon, 2016, sous-titres anglais disponibles), primé au festival de Sundance, Makoto Nagahisa part d’un fait divers réel : un jour d’été, on trouve 400 poissons rouges dans la piscine d’un collège. Son film raconte l’histoire des quatre adolescentes qui ont fait le coup.

En 2010, Lindsay MacKay réalise Clear Blue (États-Unis, Canada, en anglais), un court-métrage fantastique qui met en scène le jeune Simon, tout fraîchement embauché comme maître-nageur. Pendant son service du matin, il rencontre une étrange et fascinante vieille dame.

Dans The Strange Ones (2011, États-Unis, France, VOSTF), Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein proposent un film énigmatique entre road-movie avec halte dans la piscine d’un motel et thriller.

Avec Eu e o Cara da Piscina (Brésil, 2011, en portugais non sous-titré), William Mayer aborde le thème de l’homosexualité à travers l’histoire de Guilherme, qui se sent attiré par son meilleur ami.

Nous voici parvenus au terme de cette sélection. Pour découvrir ou revoir d’autres œuvres consacrées aux piscines (films, mais aussi bien d’autres genres artistiques), vous pouvez consulter le carnet de recherches « aquacult », où vous trouverez, outre une base de données, une bibliographie thématique et un musée virtuel

Anne-Sophie Gomez, Art, culture, littérature, Université Clermont Auvergne

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.