En ce temps de crise, il faut se rappeler que nous avons besoin des autres dans notre vie car le besoin social est fondamental. Pixaday

Tegwen Gadais, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La crise que nous traversons réorganise fondamentalement nos rapports avec notre famille, nos collègues de travail ou nos amis. Cette question de la socialisation en temps de confinement a été abordée à maintes reprises depuis le début de la pandémie. Nous avons constaté que les technologies comme Zoom, Skype ou FaceTime ne remplaceront jamais les vrais contacts humains et qu’il est essentiel de maintenir des liens sociaux en dépit des règles de distanciation.

À la lumière de ces constatations, une autre question se pose. Pourquoi l’être humain ne peut pas se passer socialement des autres ? La réponse est simple : il s’agit d’un besoin fondamental.

Avec des collègues de l’Université Laval, nous avons mené une vaste revue de littérature sur la question et voici ce que nous avons appris.

L’être humain est fondamentalement social

De la naissance jusqu’à la mort, l’être humain a besoin des autres pour vivre, survivre, se développer et mourir. Notre mère nous donne naissance et notre conjoint ou nos proches nous accompagnent dans la mort ; entre les deux, notre vie est rythmée par les relations sociales que nous entretenons avec les autres.

Notre jeunesse est influencée par la qualité des relations avec nos parents et notre famille et par l’éducation que nous recevons. Elle est aussi influencée par l’environnement dans lequel nous évoluons. Les professeurs ou intervenants rencontrés à l’école ou dans des activités parascolaires nous influencent positivement ou négativement.

Nos amis nous permettent de nous divertir, de vivre des expériences enrichissantes, de partager des émotions et des souvenirs. De même, nos collègues de travail nous permettent d’évoluer, en nous servant d’exemple ou de contre-exemple. En bref, nous sommes le résultat d’un ensemble d’influences positives, négatives ou neutres que nous vivons tout au long de notre vie en relation avec les autres pour développer notre personnalité.

Un besoin connu et reconnu

Plusieurs théories peuvent expliquer pourquoi notre besoin de socialiser est si fondamental. L’une des plus connues est la hiérarchisation des besoins de Abraham Maslow, développée en 1943 et que nous représentons souvent sous la forme d’une pyramide.

Maslow indiquait que les deux premiers niveaux (physiologique et de sécurité) sont liés à l’avoir et au contexte dans lequel on évolue. Les autres sont nécessaires pour satisfaire nos besoins de nourriture (parents, agriculteurs), d’un abri (famille) ou de sécurité (policiers, pompiers, médecins, État).

Sur un deuxième niveau, Maslow parlait de l’être et de besoins davantage psychologiques, soit le sentiment d’appartenance (auprès d’amis, d’une communauté, d’une famille), mais aussi le développement de l’estime de soi (faire partie d’un groupe, être utile dans la société). Ces besoins, encore une fois, nécessitent les autres pour se réaliser.

Erin Bronfenbrenner (1979) a tenté d’expliquer les influences sociales auxquelles l’être humain est exposé au cours de sa vie par un modèle « socio-écologique » composé de diverses strates.

Le modèle socio-écologique d’Erin Bronfenbrenner.

De manière simplifiée, il faut comprendre qu’une personne est influencée toute sa vie (chronosystème) par ses caractéristiques personnelles (ontosystème), son milieu proche ou familial (microsystème), les institutions qu’elle visite comme les garderies ou l’école (mésosystème), la culture de sa communauté comme les traditions ou la langue ou encore les politiques qui s’appliquent dans son contexte (exosystème) et enfin la société dans son ensemble, avec ses valeurs et idéologies (macrosystème).

Le bonheur est dans les relations sociales

Une série d’études menées par des chercheurs de Harvard sur plus de 75 ans a révélé que les êtres humains qui sont heureux sont ceux qui entretiennent des relations sociales de qualité tout au long de leur vie. Ainsi, ce n’est pas la quantité d’amis que l’on a, mais bien la qualité des relations que l’on entretient avec eux qui est importante. Car celles-ci nous gardent en bonne santé physique et mentale. Si les bonnes relations avec la famille, les amis et notre communauté nous maintiennent en santé, la solitude, elle, nous tue.

Qu’est-ce qui rend heureux ? Des leçons tirées de la plus longue étude jamais réalisée sur le bonheur.

Les recherches permettent aussi de mieux comprendre ce qui amène les personnes à vivre seules et à s’isoler. Si certaines explications se trouvent dans les caractéristiques personnelles et individuelles, la majorité provient d’expériences émotionnelles négatives qui ont tendance à s’accumuler. Ainsi, on ne naît pas seul, on devient seul.

L’expression de ce besoin social

L’être humain évolue dans trois types d’environnement qui renforcent l’expression de son besoin social : les environnements physique, culturel et humain.

L’environnement physique représente le lieu où l’on vit, la météo de notre région ou encore les services disponibles pour assurer nos besoins de base (épicerie, santé, eau courante). L’environnement culturel est l’ensemble des éléments spirituels, matériels, intellectuels et émotionnels qui conditionnent notre existence et qui rythment nos calendriers. Enfin, la famille et les pairs qui conditionnent nos valeurs, nos idéologies, mais aussi nos manières d’agir constituent notre environnement humain.

Notre revue de littérature a aussi révélé que six pôles influencent de manière majoritaire notre socialisation : l’éducation, les loisirs, le travail, l’économie, la politique et la justice. L’ensemble de ces pôles semble jouer un rôle privilégié pour conditionner notre qualité de vie et de développement. Étrangement, la santé n’est pas apparue dans notre analyse, mais il faudrait probablement la prendre en considération comme l’a révélé la crise actuelle.

Enfin, si l’autre fait intégralement partie de notre vie, nous avons aussi besoin de nos moments personnels pour nous ressourcer et déconnecter de la vie sociale.

Comment combler son besoin social

Nous proposons quatre trucs pour combler le besoin de socialiser en ces temps de pandémie, mais aussi pour être heureux dans la vie.

1) Miser sur des formes variées de distanciation physique et non sociale. Nous sommes des êtres sociaux et il nous est extrêmement difficile de vivre sans le contact des autres pour une grande période de temps.

2) Privilégier un usage raisonné et temporaire des technologies car elles ne remplaceront jamais le besoin de se voir ou de se rencontrer réellement. Ceci est valable tant dans sa vie personnelle que dans sa vie académique ou professionnelle.

3) Conserver des occasions de se rencontrer pour renforcer son capital social, en se connectant avec des personnes proches, sa communauté ou son réseau social (bonding), en se connectant avec des personnes de réseaux différents ou plus éloignés (bridging) ou en se connectant avec les bonnes ressources et services des institutions, organisations ou autorités (linking).

4) Adapter son savoir-faire et son expertise en fonction des nouvelles prérogatives. La Direction nationale de santé publique ne nous donne que des recommandations et des directives pour poursuivre nos activités. Il importe donc à tous les professionnels de s’adapter selon leur champ de compétences, en respectant au maximum ces nouvelles lignes de conduite, sans oublier qu’un être humain doit aussi être en relation sociale pour être heureux.

5) Aucun modèle de réponse n’est parfait, mais nous avons la capacité par le language d’apprendre des autres et de nous adapter constamment pour nous améliorer. Il est temps d’être solidaires et de compter sur les autres.

Nous sommes des animaux sociaux et il nous est extrêmement difficile de vivre sans le contact des autres pour une grande période de temps. Shutterstock

Enfin, ne pas oublier que certains souffrent parfois mortellement d’isolement en cette période particulière et que possiblement que des générations entières risquent d’être affectées à long terme par cette crise.

Un célèbre proverbe africain dit qu’« il faut tout un village pour élever un enfant ». Malgré la pandémie, il ne faudrait pas l’oublier…

Tegwen Gadais, Professor, Département des sciences de l’activité physique, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.